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 Alexander

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Alexander F.
{Membre} ~> Humain <~ Courtisan
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Féminin
|| Age : 24
|| Date d'inscription : 01/06/2017
|| Nombre de messages : 3


MessageSujet: Alexander   Sam 10 Juin 2017 - 19:17

Alexander

Les rires d’enfants emplissaient la maison, l’endroit avait des allures de tableau bucolique. La demeure était entourée d’un jardin aux couleurs chatoyantes, les fleurs offraient aux yeux un dégradé aux allures de palette d’artiste. Assise sur l’herbe une femme brodait, un chapeau protégeant son visage, le corps enveloppé dans une robe claire qui rehaussait le rose de ses joues.
Avec tendresse elle leva les yeux sur l’enfant qui jouait près d’elle, plein de vie il tressait une couronne de fleurs pour elle. Son regard vert et ses tâches de rousseurs le paraît de toute la candeur que pouvait avoir un enfant de son âge. Intrigué par le ventre rond de sa mère il s’approchait parfois pour le toucher, on lui répétait qu’il y avait là son petit frère. Apparemment il n’était pas pressé de sortir.
Fatigué Alexander s’allongea près de sa mère, il s’endormit ainsi, une main caressant ses boucles avec tendresse.
Elle avait quitté la cour s’en regret pour s’occuper de son fils, puis de l’enfant à venir, elle ne voyait son époux qu’occasionnellement et cela lui suffisait. Aenor n’aimait pas son mari, il s’agissait d’un mariage de convenance. Aussi elle s’accommodait des relations extra-conjugales de ce dernier. Il entretenait une maîtresse à la cour, une très belle femme contre laquelle elle n’aurait de toute manière pas pu lutter. Aenor représentait tout ce que l’on attendait d’une aristocrate, une femme douce, une beauté tendre, elle s’habillait à la mode, donnait à son époux des enfants, s’occupait de leur demeure et jamais son mari n’avait eu à se plaindre, elle était toujours près de lui lorsqu’il en avait besoin. Effacée et humble, elle avait trouvé son bonheur à la campagne auprès de son fils, l’amour de sa vie. Elle embrassa tendrement les cheveux du bambin endormi. Si seulement il pouvait ne jamais grandir.

*

*           *

Le salon de musique était le refuge idéal lorsque le temps était orageux. Éclairée par les chandelles, Aenor berçait sa fille avec amour, elle reposait tout contre son sein, endormie. La mère gardait cependant des regards pour son fils dont l’archet se baladait sur les cordes de son violon, à six ans il jouait déjà merveilleusement bien aux oreilles de sa mère. Elle rayonnait en entendant les notes emplirent la pièce, combler le silence, les bercer dans leur douce utopie. Alexander fermait les yeux tout en jouant, la musique était devenue pour lui une amie, elle le transportait, quand il était avec son violon plus rien ne semblait exister. Plus encore, sa mère rayonnait quand il jouait, cela valait tous les cadeaux du monde.
Quand il rouvrit les yeux, un sourire illuminait le visage d’Aenor. Dans son dos une ombre qui crispa Alexander, la silhouette massive de son père était adossée contre le chambranle de la porte. Il croisait les bras, le visage dur et visiblement contrarié. Le petit garçon baissa la tête pour regarder ses chaussures, son père s’approcha tandis qu'Aenor se levait, serrant sa fille contre elle.

- Qu’est-ce que c’est que ces fanfreluches ?
L’homme saisit entre ses doigts les dentelles qui ornaient les vêtements de son fils.
- Je pensais bien faire.
Aenor s’était avancée, la tête légèrement baissée.
- Ne pense pas la prochaine fois. Il fit claquer sa langue avant de détacher son regard d’Alexander. Tu en as fait une fille. L’homme se racla la gorge. Les enfants devraient être au lit.
Aenor hocha la tête, elle tendit la main vers son fils avec un sourire rassurant.
- J’allais les conduire à leurs chambres.
- Ils ont une gouvernante pour ça.

Cachant sa déception la femme fit venir la nourrice des enfants, cette dernière prit la plus jeune des deux enfants dans ses bras et invita Alexander à la suivre. Pour ne pas contrarier son père, le garçon se laissa entrainer. Il n’aimait pas son père. Sa mère était la femme la plus douce et la plus belle du royaume, elle souriait à chaque instant, mais il ne pouvait ignorer la tristesse et l’inquiétude qui assombrissaient son regard dès que son époux entrait dans la pièce. Quand son père était là il ne cessait de reprocher à sa femme la faiblesse de leur fils et le fait qu’elle ne lui en donne pas d’autre. A la naissance Alexander était faible, il était né trop tôt et presque mort, c’était grâce aux soins de sa mère qu’il était resté en vie, puis qu’il avait grandi pour finalement n’avoir plus de problèmes de santé. Bien que les deux premières années il n’avait cessé de tomber malade.
Une fois que la gouvernante l’eut bordé il attendit quelques minutes avant de se glisser hors de son lit. Il descendit les escaliers en silence et se cacha derrière la porte du salon où se tenaient ses parents, la voix de sa mère lui semblait étouffée, tandis que celle de son père lui donnait des frissons.

« - Alexander viendra avec moi, dorénavant je dois le former à devenir mon héritier. Il est faible et pleurnichard, je l’amènerai à la cour où il aura les meilleurs maitres d’armes et autres précepteurs.
- Non, je t’en prie, il n’est pas fait pour ça. Laisse-le avec moi, les précepteurs pourront venir ici.
Le sang du garçonnet se figea dans ses veines. Il ne voulait pas aller vivre avec son père, il voulait rester dans sa maison, avec son violon, sa mère et sa sœur.
- Tu vas en faire un pleutre et une fillette, tu le couve beaucoup trop. L’homme soupira. Je ferai venir un maitre d’arme ici, ainsi que des précepteurs, puisque tu le souhaite. Cependant si je décide qu’il n’y a aucune amélioration dans son comportement, il sera éduqué comme je l’ai prévu. La petite main du garçon se posa sur sa poitrine, soulagé de rester avec sa mère. Allons-y. »

Alexander déplia ses muscles pour se cacher dans la pièce à côté. Regardant par l’embrasure de la porte il vit son père entrainer sa mère en lui tenant la main. Elle n’était pas heureuse.


*

*            *

Il n’aimait pas les armes. Alexander s’était réfugié dans le salon de musique où il avait repris son violon, sa mère le lui avait offert pour ses douze ans. Il jouait avec rage, son maitre d’arme ne cessait de le réprimander, il n’était jamais assez bon. Se battre était pour lui la plus grande des absurdités, son père le forçait à continuer, il devenait devenir un seigneur apparemment. Ce n’était pas ce que lui voulait, sa passion s’était la musique, il pouvait tout autant jouer du clavecin, que du violoncelle, de la harpe, ou encore du violon, son instrument favori. Cela faisait deux jours qu’il s’était enfermé avec ses instruments, refusant d’aller faire ses exercices, son maitre d’arme était furieux, mais il ne pouvait pas lutter contre un jeune noble plus têtu qu’une bourrique. Sa mère avait tenté de le raisonné, mais il se refusait catégoriquement à reprendre les armes. A ses côtés, concentrée sur sa harpe, Edmée suivait le rythme de la mélodie qu’il lui imposait. Du haut de ses neuf ans, elle passait ses journées à lire et à faire de la musique, elle et Alexander étaient proches, passant tous leurs moments de libre ensemble. Ils apprenaient à danser, et à se tenir en société mais aussi à broder, ultime défiance d’Alexander pour son père, et moyen de rester proche de sa mère.

- Alexander !
La voix forte de son père lui fit faire une fausse note. Il serra les dents, levant des yeux contrariés et hautains vers son paternel.
- Père, vous interrompez notre concerto.
Près de lui Edmée s’était levée pour s’incliner, elle voyait leur père comme un étranger qui venait ternir leur bonheur. Elle sursauta quand il gifla Alexander assez fort pour lui laisser une marque rouge sur la joue.
- Montre-moi tes mains.
- Non.
Son père le toisa, jaugeant son aplomb. Il se tourna vers sa fille qui se cachait en partie derrière sa harpe.
- Edmée, tes mains.
Elle s’avança et tendit des mains tremblantes, paumes vers le haut. Ses doigts étaient déjà légèrement écorchés par les cordes de son instrument. Son père dévoila la cravache qu’il utilisait en temps normal sur ses chevaux. Elle était fine et souple, en cuir. Comprenant ce qui allait se passer, Alexander repoussa sa sœur qui commençait à sangloter. Il montra ses mains en déglutissant.
- Tu es moins pleutre que je le pensais.

Le premier coup lui fit déjà mal, il n’en montra rien. Derrière lui sa sœur avait agrippé sa tunique. Son père continua de frapper pendant un long moment, jusqu’à ce que ses mains soient si blessées que du sang coulait de ses paume. Alexander s’était mis à pleurer bien avant, luttant contre l’envie de retirer ses mains. La douleur le faisait trembler. Quand se fut terminé il tomba à genoux, contemplant ses paumes. La souffrance physique n’était rien, il pensait à son violon et au fait qu’il ne pourrait plus y toucher avant un moment.

« - Puisque tu refuses de tenir une arme, tu ne tiendras pas non plus cet instrument. »

Comme pour appuyer un peu plus sur cette menace, il saisit le violon qu’Alexander avait délicatement reposé sur son trépied. Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Se précipitant il s’agrippa au bras de son père, cela n’empêcha pas ce dernier de cogner le bois fragile contre la cheminer. Le violon se fracassa dans une note de musique éraillé, comme le cri d’un homme que l’on égorge, la dernière complainte d’un instrument. Le garçon tomba à genoux posant ses mains sur ce qu’il restait de ce qu’il considérait comme un ami. Un cri déchira sa gorge. Les bras d’Edmée se refermèrent sur lui, elle pleurait elle aussi, ses yeux sombres semblables à ceux de son père humide de larmes qui accompagnaient celle de son frère. La gorge serrée elle leva le regard vers sa mère qui entrait dans la pièce, Aenor était essoufflée, tenant la plus jeune de ses enfants par la main. Althéa se mit à pleurer en entendant son frère et sa sœur, ses petites mains s’accrochèrent aux jupes de sa mère qui contempla le carnage une main sur la bouche.

« - Alexander partira avec moi dès demain. Quant aux filles, prend garde à les élever comme il faut où je les enverrai dans un établissement où on leur apprendra ce que c’est d’être une dame. »

Il sortit, bousculant sa petite dernière au passage. Aenor se précipita vers ses enfants, enroulant ses bras autour d’eux pour les consoler. Si cela n’avait tenu qu’à elle, ils auraient eu le droit de faire ce qu’il voulait de leur vie. Mais son époux était celui qui prenait les décisions.


*

*          *

Les camps, les combats, la boue. Tel avait été le quotidien d’Alexander durant plus de deux ans. Quand il descendit de cheval, la demeure lui sembla plus petite que lorsqu’il était partit quelques années plus tôt. A dix-huit ans il revenait chez lui, retrouvant le jardin aux couleurs chatoyantes et la douce odeur de l’herbe. Son père l’avait envoyé s’entrainer durant plusieurs années avant qu’il ne s’enrôle dans l’armée pour finalement revenir, son père devait le conduire à la cour sous peu, mais il avait accepté qu’il retourne voir sa mère.
Il entra sans se faire annoncer, il entendait d’ici les douces notes de la harpe d’Edmée. Avec un sourire il s’approcha jusqu’à entrer dans la pièce. Sa sœur était en train de faire glisser ses doigts sur les cordes, les yeux fermés, pieds nus, ses jupes remontés sur ses genoux et ses longs cheveux noirs défaits. Il doutait que ce fut une position pour une noble, mais elle irradiait de douceur. Assise sur un divan près de la fenêtre, sa mère lisait, tranquillement installée. Toujours aussi belle malgré les quelques rides qui ornaient son visage, elle semblait elle aussi plus petite. Quand ses yeux se levèrent elle poussa un petit cri d’exclamation avant de se précipiter sur lui, elle était bien plus petite que lui. Sûrement parce qu’il avait pris en muscles et en hauteur. Il l’embrassa chaleureusement, heureux de la retrouver. Sa sœur le contempla de loin, visiblement troublé, elle se leva pour faire une petite révérence. Se détachant de sa mère il s’approcha pour serrer sa sœur contre lui, la décoiffant d’une main.

- Ne fais pas cette tête Ed’, ce n’est que moi !
Elle grimaça à l’entente de ce surnom ridicule. Cependant elle se mit à sourire, posant ses lèvres contre la joue de son frère.
- Tu ne nous as pas annoncé ton retour.
- Ils ne voulaient plus de moi là-bas.
Dans son dos sa mère haussa un sourcil.
- Qu’as-tu fais ?
- Ne t’inquiète pas maman, ça ne m’empêchera pas de rejoindre la cour où père m’attend.

Son insubordination lui avait coûté sa place dans les camps militaires. Cela aurait pu être pour contrarié son père, mais ce qu’il avait vu sur les champs de bataille était pire que les quelques remontrances d’un paternel qui se faisait vieux. Il avait tenté d’oublier dans les bordels où il buvait jusqu’à ne plus tenir debout. Quand le commandant lui avait ordonné de faire ses bagages, Alexander s’attendait déjà à recevoir une lettre de son père, voir même une visite, où il se ferait une nouvelle fois humilier. Il n’en fut rien, il avait bien eu une lettre, mais celle-ci lui demandait sobrement de rejoindre la cour du roi, apparemment son paternel avait en tête des projets d’avenir pour lui. L’idée même ne l’enchantait pas, mais au moins cela lui permettait de ne plus remettre les pieds dans un camp militaire.
Il passa donc une semaine à profiter de sa mère et ses sœurs, Althéa se souvenait à peine de lui cependant elle l’adopta immédiatement, du haut de ses dix ans elle avait un tempérament de feu. Pleine de vie, elle profita de la présence de son frère pour monter à cheval avec lui, chose que sa mère ne la laissait faire qu’occasionnellement. Il refusa cependant de lui apprendre quelques passes d’armes, l’idée de tenir une épée donnait la nausée à Alexander.
Puis il retrouva la musique, il n’avait pas joué depuis longtemps, si bien que ses doigts étaient engourdis et maladroits. Il lui fallut une après-midi avec un violon pour en retrouver l’harmonie et en sortir une mélodie convenable. Sans un mot il joua avec Edmée, échangeant regards et sourires, comme lorsqu’ils étaient enfants. Edmée était son double, une moitié de lui-même qui lui avait manquée, ils se complétaient.

*

*         *

Son arrivée à la cour fut pour lui comme un moment nouveau dans sa vie, une page se tournait, l’endroit lui parut faux et trop bruyant. Les premiers jours il détesta. Son père le présenta à d’autres nobles, tous se parlaient avec une courtoisie qui dégoulinait de fausseté. Pourtant il s’en accommoda. Il rencontra la maitresse de son père, il en avait eu quelques une, celle-ci avait son âge, belle et fatale, il ne comprenait pas ce que son père lui trouvait, elle était vulgaire à côté d’Aenor qui avait la prestance et l’élégance d’une grande dame. Alexander refusa ses avances, il commença ainsi à fréquenter les salons, il regarda les femmes jouer plus ou moins bien d’un instrument, supporta les fausses notes et bu le thé avec le sourire. Il se mêla aux hommes, chercha sa place en tant qu’héritier. Puis s’ennuya. Lors d’un interminable récital il fit la connaissance d’Aloysius, la brebis galeuse de la famille, cette rencontre ennuya son père qui le mit en garde contre ses relations. Cela suffit à Alexander pour qu’il fasse de son cousin son meilleur ami. Ce dernier lui apprit à s’habiller avec gout, à séduire les femmes de la cour, il l’entraina dans de salons beaucoup moins puritains et lui apprit le goût du libertinage. Cette vie lui convenait beaucoup mieux, il apprit à charmer grâce aux mots mais aussi à la musique, il s’avéra que les femmes appréciaient les musiciens.
Il s’inquiéta le jour où son père le fit quérir pour une affaire importante, lui demandant d’être présentable. Alexander fit donc un effort, offrant à son père la vision d’un homme élégant loin de l’austérité que rechercha ce dernier. Il fut surpris de trouver dans le salon de leur demeure de ville, un noble seigneur accompagné d’une jeune fille, les yeux légèrement baissés, les joues roses, les cheveux blonds relevés en un chignon serré, une robe élégante. Il sentit venir l’annonce qui allait lui déplaire.

- Alexander. Je te présente le Seigneur Orlaith et sa fille, Erynn. Voici mon fils, Alexander.
Il inclina la tête pour les saluer.
- C’est un plaisir de vous rencontrer.
- Le plaisir est partagé.

La jeune fille ne disait rien, se contentant de quelques hochements de tête. Assez bien élevée pour être une fille à marier. Ils commencèrent à parler de sujets inintéressants, économies, guerre, rien de nouveau ou de bien palpitant. Si ce n’est les craintes quant aux jeunes dragonniers qui habitaient le palais et que l’on ne voyait pas en société, cette présence inquiétait, le seigneur Morzan gardait le contrôle sur ses troupes, ses jeunes recrues, étaient des ombres dont les gens savaient si peu de choses qu’ils avaient peur pour leurs arrières.
Puis vint la discussion quant aux arrangements qu’il fallait prendre. A la fin de la journée, Alexander était fiancé à une jeune fille dont il n’avait même pas entendu le son de la voix. Il pensa d’abord à lui paraitre odieux pour que l’on mette un terme rapidement à ces fiançailles ridicules, mais cela aurait été inutile. Il se décida donc pour sa deuxième idée, séduire cette jeune fille afin de lui rendre la vie moins difficile.

*

*         *

Erynn se révéla moins insignifiante qu’il ne l’avait pensé au départ. Elle était charmante, avait de la conversation, elle en vint même avoir quelques piques savoureuses pour les autres membres de la cour. Parfois peste, son caractère plaisait à Alexander. Il se révéla cependant qu’elle était une piètre musicienne, alors il joua pour elle, lui écrivit des poèmes, apprécia sa compagnie plus que celle des filles de bordel. Bientôt il fut pris à son propre jeu, au grand damne d’Aloysius qui le mit en garde contre les beaux yeux de la jeune noble. Son père quant à lui désapprouvait les agissements de son fils, les hommes de la cour dépréciaient les poètes coquets, alors que les femmes se pâmaient devant eux, cependant son fils lui obéissait et cela fut suffisant à ses yeux.
Une ombre vint ternir ce tableau en apparence idyllique qui ne reposait pourtant que sur un fragile équilibre. Le patriarche fit de mauvais investissements et sa maitresse lui en demandait toujours plus, des tenues de plus en plus extravagantes, des bijoux. Même Alexander tenta de prévenir son père, lui qui ne s’était jamais intéressé aux affaires familiales vit les dots de ses sœurs dilapidés pour les beaux yeux d’une sorcière. Son père se refusa de l’écouter, mais leur ruine fut bientôt connue de toute la cité. Le coup de grâce survint quand il retrouva son père pendu après plusieurs jours où celui-ci était resté suspendu au plafond. Alexander ne fut pas triste, mais la colère emplissait ses veines, après tout ce qu’il leur avait fait subir, son père se révélait être un lâche.
Contraint de prendre en charge sa famille, il dût prendre la décision de vendre la demeure familiale où vivaient sa mère et ses sœurs qu’il dût faire venir à la capitale, dans une maison plus étroite. Il vendit des biens de son père pour cumuler un peu d’argent, comptant sur sa fiancée pour l’aider une fois qu’ils seraient mariés.
L’annonce qui suivit fut pour lui un de couteau dans le cœur. Lord Orlaith rompait les fiançailles. Désespéré par cette nouvelle, Alexander courut voir Erynn, elle était certainement en train de se morfondre. Il la trouva pourtant dans un salon où elle riait avec ses amies. Poliment il alla à sa rencontre, se forçant à sourire. Elle ne devait pas encore être au courant. Ils étaient seuls dans un coin, Erynn lui souriait tandis qu’il commençait à parler.

- Ton père a décidé de rompre nos fiançailles.
- Je le sais.
Cette réponse fut dite avec tant de froideur qu’il sentit ses poils se hérisser sur ses bras.
- Nous ne pouvons pas le laisser faire.
Il tentait de garder son calme. Ayant abandonné son sourire Erynn soupira.
- Ne sois pas idiot, je ne peux décemment pas me marier avec va nu pied.
Ce terme était un coup de poignard dans son cœur.
- Nous avions des projets Erynn !
- Oui, quand tu avais de l’argent et un titre. A présent tu es plus pauvre qu’un paysan, sans compter ta réputation. Je ne fais pas dans la charité Alexander.

Ces mots étaient de l’acide que l’on mélangeait à ses veines. Elle lui tapota le bras en souriant avec un mélange de condescendance et de mépris. Erynn s’éloigna de lui avant de retourner rire avec ses amies, et vu les œillades qu’elles lui lançaient, il était le centre de l’attention. Blessé et furieux il se retira.

Quand sa mère et ses sœurs arrivèrent à la Capitale, elles le trouvèrent ivre et couvert de sang de s’être battu. Aenor prit soin de son fils, les larmes aux yeux, compatissant à son malheur. Les jours qui suivirent, Edmée joua pour lui remonter le moral, Althéa lui faisait quant à elle la lecture de récit d’aventure qu’elle trouvait palpitant. Soigner un cœur blessé était difficile. Elles rencontrèrent Aloysius qui se proposa de les aider et par la même occasion il entraîna Alexander avec lui dans ce qui sembla être une descente dans les bas-fonds de la décadence.

*

*            *

« Le roi est mort, vive le roi »


Les évènements qui suivirent cette phrase s’enchainèrent. Alexander venait de perdre la femme qui jusque-là l’entretenait, ce qu’elle avait décidé de lui laisser avait été repris par des enfants jaloux et il ne lui restait que de maigres économies. Il avait vendu son violon pour ne pas avoir à vendre la harpe d’Edmée. Le bal du soir serait pour lui un moyen de retrouver une personne capable de pourvoir à ses besoins. Il réfléchissait à sa tenue quand Edmée prit la parole alors qu’ils étaient en train de manger.

- Je me suis trouvé une place au palais maman, je serais bien payée.
- Une… place ?
Alexander avait levé les yeux sur sa sœur qui lui jeta un regard acide.
- Je vais être gouvernante et enseigner la musique à des enfants.
Il serra les dents, cela allait faire longtemps que lui et Edmée ne s’entendait plus, depuis leur ruine. Ils avaient des conceptions trop différentes des choses.
- Hors de question. Cela serait dégradant pour notre famille.
Sa sœur éclata d’un rire acerbe et sans joies.
- Parce que faire la pute n’est pas dégradant pour toi ?
Leur mère poussa une exclamation.
- Edmée ! Ne dis pas de telles choses… C’est que tu ne trouveras pas d’époux si tu travail.
- Je ne fais que dire la vérité. Alexander se prostitue comme une gourgandine, de plus je ne veux pas d’époux.
Les poings d’Alexander s’étaient serrés sous la table. Se faire insulter, il en avait l’habitude à présent, Edmée ne manquait certes pas de vocabulaire.
- Tu obéiras à ce que je décide et tu ne travailleras pas. La discussion est terminée.
Le poing de la jeune femme fit trembler la table, ses yeux sombres le toisaient avec hargne.
- Le jour n’est pas arrivé où tu pourras me donner des ordres ! Je ne suis pas Althéa, je n’encense pas chacun de tes actes, parce que tu es un parfait connard.

Elle se leva, quittant la table, il l’entendit claquer la porte de sa chambre. Sa plus jeune sœur se leva et vint se blottir contre lui. A quinze ans elle était un curieux mélange entre la parfaite jeune fille de cour, et la sauvageonne. Elle aimait l’épée autant que le maquillage. Ce qui inquiétait davantage Alexander c’est qu’Aloysius était parvenu à lui faire entrer dans la tête qu’elle pouvait être et faire ce qu’elle voulait. D’un geste tendre qui caressa ses cheveux blonds, il n’avait pas cédé quand elle lui avait demandé d’aller au bal et il savait qu’Edmée veillerait à ce qu’elle reste chez eux bien enfermé. Quant à sa mère elle le regardait avec ce mélange de mélancolie et de tristesse qui teintait ses yeux depuis plusieurs années, elle était toujours belle mais l’âge se lisait à présent sur ses traits, elle devenait peu à peu une ombre. Lui survivait grâce aux aides d’Aloysius qui lorgnait bien trop ses sœurs, et à l’argent qu’il gagnait en tenant compagnie à des dames. Il était devenu influent à la cour, les libertins avaient ce pouvoir de faire se répandre les pires rumeurs, grâce ou à cause de cela il était parvenu à se venger d’Erynn. Disons qu’il avait colporté quelques rumeurs et que depuis elle n’avait plus sa place à la cour. Il soupira en embrassant le front d’Althéa. Edmée avait raison à sur son compte, il était un parfait connard, le pire étant qu’il appréciait ce qu’il était, même si parfois il regrettait le fossé qui s’était creusé entre lui et sa sœur.
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Alexander

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